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La créativité selon Alexandre Claude

Dans le cadre de nos rencontres mensuelles, l’équipe de Mademoiselle Rouge vous propose d’en connaître davantage sur l’un de ses précieux collaborateurs : Alexandre Claude. Offrant des services autant en production vidéo qu’en portrait corporatif (de même qu’en photographie événementielle), Alexandre se spécialise aussi en portrait éditorial; un travail qui permet d’exprimer une idée, un concept ou une émotion dans des publications Web ou imprimées.

 

Pour notre part, c’est par le biais de son travail de vidéaste qu’on a pu découvrir ce réel talent. Engagé politiquement et socialement, Alexandre est un fin observateur des us et coutumes de ses camarades, en plus d’être une personne dotée d’une sensibilité forte en ce qui concerne les inégalités sociales qui, disons-le, se développent sournoisement depuis quelques années, pour ne pas dire depuis quelques décennies… Sans plus tarder, on vous invite à découvrir le parcours professionnel d’Alexandre ainsi que les défis créatifs qui le stimulent en tant que photographe et vidéaste.

 

MR : Lançons-nous dans le vif du sujet. Qu’est-ce qui t’a amené à prendre le chemin de la photographie et de la vidéo ?

AC : J’ai toujours fait de la photographie au secondaire et au cégep, mais je faisais également de la musique… mais ça, c’est une autre histoire ! L’élément déclencheur qui a accentué ma passion pour la photographie s’est curieusement déroulé au Boxing Day 2008 (rires). Cette journée-là, après avoir hésité longtemps, je me suis procuré un appareil-photo Canon Rebel (au risque de ne pas payer mon loyer de janvier !) que j’ai utilisé régulièrement lors de manifs universitaires. À cette époque, j’étais étudiant au baccalauréat en communication politique et société. Par la suite, j’ai déniché un emploi dans le cadre d’un projet social et créatif lié à l’élaboration d’activités parascolaires et ça se déroulait dans la communauté Crie de Waswanipi, située aux portes de la Baie-James (prononcé « eeyou istchee » en cri) dans la région administrative du Nord-du-Québec. Au retour de cette expérience totalement enrichissante, j’avais accumulé assez de sous pour pouvoir m’équiper adéquatement et… assez de confiance pour faire le saut dans la profession !

 

MR : Si tu avais à donner une définition à la créativité, quelle serait-elle ?

AC : Pour moi, la créativité, c’est de vouloir faire les choses différemment, refuser le chemin facile et avoir le désir d’exprimer sans censure sa singularité. D’un point de vue artistique, on doit ajouter à ce désir d’originalité, une motivation ou une démarche claire. À mon humble avis, un artiste se doit d’avoir un message, se doit de remettre en question les préceptes établis et doit avoir un petit côté subversif. C’est ce qui différencie la simple créativité d’une autre dite « artistique ».

 

MR : Selon toi, quelle est la part de conscient ou d’inconscient qui concrétise un acte créatif ?

AC : En premier lieu, pour être créatif, il faut être « poreux » à son environnement. Il faut être en mesure d’emmagasiner, faire le tri et bien malaxer les images, les sons, les mots et les informations auxquels nous sommes confrontés jour après jour. Bien sûr, il y a une part d’individualité dans l’action de créer et on ne peut totalement s’en dissocier, mais pour moi, un acte créatif pertinent doit trouver une résonnance dans l’environnement dans lequel il a été conçu. Pour répondre plus clairement à la question, l’acte créatif est un heureux mélange de conscient et d’inconscient.

 

MR : Et chez toi, de quelles façons viennent les idées ?

AC : Avant de m’endormir, afin de ne rien oublier, je fais des listes. J’écris mes flashes. Quand je fais du vélo à l’extérieur, j’ai souvent quelques fulgurances qui surviennent. En gros, ça ressemble à ça.

 

MR : Est-ce que tout le monde peut être créatif ?

AC : Voilà une question difficile à laquelle répondre… Oui, mais ça prend un être humain ouvert, une personne détenant une personnalité à la fois forte et flexible, car la rigidité et la créativité ne font pas bon ménage. Tout le monde peut être créatif. Il s’agit de laisser tomber l’insécurité, se mettre un peu en danger et apprécier ce qui sort de l’ordinaire. Il faut aussi prendre plaisir à prendre des risques. Mais le plus important, c’est de dénicher la sphère créative dans laquelle notre créativité peut être stimulée. Par exemple, un enseignant qui sort des sentiers battus, pédagogiquement parlant, peut avoir une pratique totalement créative de l’enseignement. La créativité n’est pas seulement l’apanage de domaines dits « créatifs ».

 

MR : Et est-ce que la créativité peut s’apprendre ?

AC : Je fais partie des gens qui croient qu’il y a une part d’inné au fait d’être créatif. Néanmoins, je crois aussi que tout le monde cache un petit côté « artiste » qui ne cherche qu’à s’exprimer. S’agit donc de le dévoiler sans gêne et de pratiquer régulièrement cette créativité qui sommeille en chacun de nous.

 

MR : As-tu des mentors, des artistes ou des personnalités que tu respectes auxquels tu te réfères lorsqu’il s’agit de créativité ?

AC : En cinéma, c’est clairement Alejandro González Iñárritu qui m’allume. Il est le réalisateur derrière les films The Revenant, Birdman, Babel et Amores perros. En musique, j’aime bien déjeuner avec la musique du collectif cubain Buena Vista Social Club. J’aime la formation alternative Alt-J. Plus près de chez nous, j’ai un petit faible pour We are wolves et Les sœurs Boulay. En littérature, puisque je suis quelqu’un qui affectionne la sociologie, je suis preneur quand il s’agit de Noam Chomsky et Alain Deneault. Je voue également le plus grand des respects à un intellectuel québécois comme Normand Baillargeon ainsi qu’à l’efficace députée de la circonscription Sainte-Marie-Saint-Jacques, Manon Massé. Le chirurgien innu Stanley Vollant en est un autre que je tiens en haute estime.

 

On ne vous fera pas de cachettes inutiles. L’une de nos bonnes rencontres collaboratives de l’année 2016 fut sans contredit celle d’Alexandre. En plus de bien nous entendre avec ce sympathique créateur, on croit pleinement en son immense talent. Ne soyez pas surpris si un jour vous visionnez l’un de ses films, car Alexandre a vraiment tout ce qu’il faut pour devenir un documentariste éloquent et estimé… et c’est sa grande sensibilité et son indéniable empathie qui feront toute la différence. Une bien belle rencontre, encore une fois !

 

Alexandre Claude Photographie & vidéo

Alejandro González Iñárritu

Buena Vista Social Club

Noam Chomsky

Normand Baillargeon

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